felix

Nous avons profité des Journées du Patrimoine pour aller visiter le moulin-musée de la Brosserie à Saint-Félix (Oise). A noter : nous avions déjà visité ce site en 2001, et avons constaté qu'en 15 ans, quelques aménagements avaient été apportés.
Saint-Félix est une petite commune de l'Oise, nichée le long de la vallée du Thérain, rivière qui prend sa source en Seine-Maritime pour se jeter dans l'Oise à Montataire.
On recense plus de 200 moulins sur les 95 km de la rivière.
Celui de Saint Félix fut construit au XVIème siècle. Il fut successivement moulin à blé puis moulin à foulon (on "foulait" le tissu pour l'assouplir). Il fut reconverti dans la fabrication d'articles de tabletterie puis de lacets, de boutons et de peignes en os.
Au fil du temps, et des besoins, plusieurs bâtiments furent construits, toujours autour de la rivière qui fournissait l'énergie nécessaire au fonctionnement des machines :
En 1910, Mr Autin achète l'ensemble et le transforme en brosserie (savez-vous que la brosse à dents actuelle fut inventée dans l'Oise ?).
Durant de nombreuses années, les brosses produites à Saint Félix furent exportées dans le monde entier sous la marque "Falconia" puis "Autin" avant d'être victimes du progrès...
L'architecture du moulin est typique de l'essor industriel du XIXème siècle, et c'est le dernier vestige d'une activité importante de l'Oise : la brosserie de luxe, en os ou en bois précieux. 
Il fonctionna jusqu'en 1979 et fut transformé en musée en 1994.  Il fait l'objet d'une inscription aux monuments historiques depuis 1990,notamment pour son ingénieux système de régulateur à boules que nous découvrirons un peu plus loin. Le musée a été fermé quelques temps avant d'être repris en 2010 par des bénévoles amoureux du site et passionnés par son histoire, qui mettent la main à la pâte pour restaurer les pièces en mauvais état et commentent les visites de manière fort agréable. Un grand bravo à eux !
La roue à aube,
installée en 1848, était en fort mauvais état. Elle fut entièrement restaurée par les bénévoles de l'association. Il a fallu plus de 800 heures de travail, des tonnes de chêne et des milliers de boulons pour accomplir ce travail, mais aujourd'hui, elle tourne à nouveau. Elle mesure 5 mètres de diamètre et pèse 9 tonnes. Elle est installée perpendiculairement à la rivière, et est à l'abri d'un auvent accolé à l'usine.
Lorsqu'on pénètre dans le bâtiment, la première chose que l'on découvre, c'est un magnifique "régulateur à boules",
Inventé par James Watt en 1788, il permet de commander automatiquement l'ouverture des vannes grâce à la force centrifuge et permet ainsi de réguler le débit  de l'eau en fonction des besoins en électricité. C'est le seul régulateur de ce type en France à être encore en parfait état de fonctionnement et qui soit toujours à son emplacement d'origine.
On nous explique que ce système a été conçu pour les moulins à vent, et qu'il y avait une cloche en haut du bras. Quand il y avait trop de vent, la boule faisait tinter la cloche, ce qui attirait l'attention du meunier... vous vous souvenez : "meunier... tu dors... ton moulin, ton moulin va trop vite..."
Nous bénéficions d'une démonstration du fonctionnement de cet ingénieux système, regardez la petite vidéo : on tourne la manivelle pour ouvrir les vannes, et l'eau met en marche les engrenages puis le régulateur se met à son tour en mouvement.

Moulin brosserie de Saint Félix


Le système d'engrenages permettait de transformer l'énergie de l'eau en électricité qui était transmise à l'ensemble des machines de l'usine grâce à des courroies installées au plafond puis qui descendaient alimenter les machines. 
On imagine sans peine le bruit qui régnait ici, lorsque toutes les machines étaient en fonctionnement...
Nous avons beaucoup apprécié le côté "dans son jus" de cette usine. En passant de salle en salle, on a vraiment l'impression que les ouvriers sont partis en week-end et vont reprendre leur poste lundi matin.
Texte figurant sur l'une des portes de l'atelier :
Il est défendu d'aller où sont les tonneaux pendant les heures des repos, de monter dans le grenier pendant la journée, de travailler pendant les heures des repas...
 D'après les archives, l'usine a employé jusqu'à 130 personnes sur le site, mais au moins trois fois plus à domicile, où des femmes essentiellement, "montaient" les poils sur les brosses.
Les étapes de la fabrication d'une brosse, qu'elle soit en bois, en os ou en plastique, sont identiques :
La "monture" (où seront installés les poils) est ébauchée à la scie à ruban ou à la défonçeuse.
Elle est ensuite polie, éventuellement "cirée" (avec des cires teintées ou incolores) pour donner un aspect plus brillant.
Démonstration du lustrage (2001) :
Le système de chauffage de l'époque... on est loin des bâtiments climatisés... :
Les montures en os (fémur ou tibias de bovins) sont quant à elles taillées puis blanchies dans des cuves d'eau oxygénée.
Ensuite, on effectue le perçage, au "tour à percer" : des trous sont percés verticalement sur toute la face interne de la monture. Puis vient la délicate étape du "contreperçage" : ce sont des trous horizontaux, réalisés au bout de la monture, qui traversent tous les trous de perçage verticaux. Ce qui peut sembler relativement simple sur une brosse droite devient beaucoup plus compliqué si la monture est arrondie... Les ouvriers utilisent un minuscule foret confectionné à l'aide d'une corde à piano, en raison de sa flexibilité.
Enfin, on procède au "montage" ou "garnissage" : on passe un fil double dans les trous de contreperçage, et on insère une botte de poils  (porc, sanglier, blaireau, chèvre... en fonction de la dureté recherchée) dans chaque trou vertical. On tire sur les fils et la botte s'insère dans le trou. Là encore, ça paraît simple, mais cela demande une certaine dextérité.
Démonstration du montage (2001) :
Dernière étape : on rebouche les trous de contreperçage avec de minuscules cylindres d'os, de bois ou de plastique, on polit, et le tour est joué !
Nous terminons la visite par la maison du "patron" : Mr Autin l'a fait construire à côté de l'usine. Il était ainsi au plus près de ses ouvriers et était sur place en cas de problème.
Dans l'ancien moulin à grain, on retrouve un système de roues dont les engrenages sont en bois :
Lors de notre passage en 2001, la visite se terminait par une salle où étaient exposées brosses et affiches anciennes :
 
Cette année, il y avait un petit marché artisanal sur le site : bijoux fantaisie, artisan chocolatier, apiculteur (...) ainsi qu'une superbe exposition de tomates :
 et de ses différentes utilisations : 
Si vous souhaitez connaître l'actualité du Moulin, rendez-vous sur leur site internet :

accueil

Ces journées seront l'occasion de mettre l'accent sur la connaissance de la rivière comme patrimoine du XXIème siècle et patrimoine d'avenir grâce à la présence des techniciens du Syndicat Intercommunal de la Vallée du Thérain qui présenteront la rivière :

https://moulin-de-saint-felix.jimdo.com
Pour réaliser cet article, j'ai utilisé nos photos, de 2001 et de 2016, ainsi que celles qui m'ont gentiment été envoyées par nos amis Marie-Françoise et Jean-Claude, qui avaient eux-aussi choisi cet endroit pour les Journées du Patrimoine.